Ankh L'Immortel

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 [R] Les Larmes d'Elharé

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Senhal

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MessageSujet: [R] Les Larmes d'Elharé   Dim 2 Jan 2005 - 19:13

Les larmes d'Elharé

Some vision of the oceanic feeling...

Elle est assise, pitoyable, devant le canapé, les bras entourent ses genoux. Sa peau est si blanche, presque transparente, on se dit qu'en approchant plus près on pourrait voir la chevelure de ses veines bleues, qui pulsent fragilement au rythme de ses longs sanglots de sang. Elle regardait les infos, encore. Un rituel, une mise en scène entendue, violente mais violence codifiée, lève tous les soirs son rideau au pourpre de velours, à vingt heures. Elle croyait qu'elle était blindée désormais, que comme les autres elle pourrait une fois de plus compatir juste assez pour se déculpabiliser, et que ça durerait jusqu'à la fin de sa vie, cette longue longue atonie des sentiments. Mais cette fois-ci elle avait vu dans les yeux de la vieille toute fripée, elle avait vu que cette femme meurtrie dans son âme c'était aussi elle, passé, PRESENT et futur. C'est comme si la même balle avait transpercé le coeur du fils assassiné, celui de la mère amputée à jamais d'une vie, et le sien. Mais elle pressent que la Terre aussi est meurtrie, c'est la blessure de trop, sanguinolente, qui arrache la croûte jaunie et infectée des précédentes mal guéries. Elles ne faisaient que démanger, rappelant de temps en temps leur présence, à défaut de savoir cicatriser, mais maintenant c'était la douleur à vif, sans nuance, sans degrés. Combien Elharé voudrait entailler ses veines, si la planète agonisante et desséchée pouvait s'y abreuver, si son sang pouvait évacuer les cadavres pourrissants dans les entrailles de la Terre.

Au même moment de l'autre côté du monde, Péma cherche ce qu'on a pu nommer le Graal. Née tibétaine, à six ans l'Occident l'a adoptée, elle s'est abreuvée de sa culture, mais gardant toujours un souvenir magique du paysage majestueux et libre de sa petite enfance. Plus tard, dans ses études en Suisse, elle avait fait tout un tas de recherches sur la quête du Graal, on lui devait un certain nombre de traductions d'anciens manuscrits, jugés jusque là d'intérêt secondaire. Il y avait quelque chose d'irrationnel dans cette recherche, elle en avait conscience. Bien sûr elle n'a rien trouvé.

Quand finalement elle fut convaincue que sa recherche était inutile et farfelue, paradoxalement une esquisse d'idée qu'elle avait jusque là enfouie, paru en ce moment à la surface de sa conscience. Un fil, un lien existait entre le Graal et les souvenirs merveilleux de son enfance.

Hier elle est arrivée au pied de la montagne tibétaine qu'elle cherchait. Et depuis elle marche, lentement mais invinciblement, dans une sorte de transe. Elle n'est dirigée par rien qui soit visible, mais elle sait qu'elle ne se trompe pas de direction.

Elharé est belle. Mais Elharé pleure, pleure sur ses joues d'opaline, les larmes de sang laissent des sillons vermeils puis ocre rouillé qu'elle mélange de ses mains tachées. Dans sa souffrance, elle a la vague impression qu'un souvenir lutte pour remonter à la surface de sa mémoire ensablée. L'océan châtain de ses cheveux inonde le sol et le canapé, ses mèches en vagues-serpents s'emmêlent en contre-courants, tourbillons et tempêtes. Relevant la tête et fixant le ciel que laisse entrevoir le balcon, elle se met lentement debout, ses bras descendant jusqu'à être le long du corps, jusqu'à former son écrin. Elle décide soudain d'enlever le peu de tissu à la mode qui la couvre, ses cheveux et l'ombre-modestie de ses cils sont désormais ses seuls vêtements. Le temps s'égraine et le sable de ses pensées s'emmêle. Elle ne voit que nuances de rouges, pourtant ce n'est pas le coucher du soleil. Lentement, elle se dirige maintenant vers la porte d'entrée, ses cheveux laissent une large traînée écarlate derrière elle. Ses pieds, ses mains saignent sous ses ongles, les mèches sont autant de pinceaux imbibés d'encre carmin. Elle sort, arrive en bas de l'immeuble, silhouette blanche veinée de rouge devant les voisins incrédules. Elle finit par arriver au bord de l'avenue, qu'elle décide d'emprunter pour poursuivre sa route, malgré les bruits de phares brisés, malgré le son des klaxons, malgré les cris qu'elle n'entend pas. Elle avance, étrange et effrayant spectacle, elle avance dans la haie des badauds qui commencent à affluer. Personne ne pense à alerter les pompiers, ou peut-être les autorités, aucun des hommes qui sont maintenant des centaines à former le cortège mouvant qui la suit, qui l'entoure. Et ce n'est pas eux qu'elle voit, elle voit la douleur rouge qu'ils portent au plus profond d'eux-mêmes, la plaie béante comme une peste s'est étendue à tous les coeurs. Il faut faire disparaître toute cette souffrance.

A des milliers de kilomètres, Péma continue de marcher, et chacun de ses pas la libère, chaque pas produit la brise qui permet de faire s'envoler chaque voile, un voile de moins à chaque pas. Elle voit de plus en plus clair à l'envol suivant. Elle est à deux doigts de la vérité, elle le sent et elle ne cille pas, même si cela signifie la Fin, elle saura, ses yeux sont ouverts.

...

La vérité est maintenant derrière le dernier voile, qui dans une lenteur, une grâce infinies, dans un silence magnifique et terrifiant, prend enfin son essor dans le soleil orange : UNYAH ZORA AKADIM

Les mots ont été prononcés quelque part à l'autre bout du monde, déverrouillant les mécanismes antiques de la mémoire d'Elharé. Elharé se souvient. Le temps est venu. Elharé marbre sanglant se réveille à sa véritable nature et les humains fascinés la contemplent, hypnotisés par leur propre fin, effrayés et envoûtés, ils avaient tout prévu, tout mais pas ça. Dans aucun écrit sacré ils ne s'offrent quand vient la fin du règne, nulle inscription n'indiquait qu'ils accueilleraient la mort avec cette bizarre confiance. Aucun rouleau ne révèle qu'il n'y aura pas de laissés pour compte le moment venu, ni pécheur ni saint. L'Homme se rappelle enfin qui il est, dans une ultime révélation avant ce qu'ils nommaient l'Apocalypse et qui en réalité n'a pas de nom car elle est passé, PRESENT et avenir. Le recommencement. Elharé Unyah Zora Akadim.

Le moment est venu, lentement Elharé lève les bras, voici la fin des Hommes. En Laponie une aurore boréale se casse telle un miroir et tombe en éclats de verres cramoisis. Aux Etats-Unis, les gratte-ciel vitrifiés par un froid rouge se brisent en une infinité de cristaux. La Terre n'est plus qu'une multitude de débris de verre, les humains sont parmi ces joyaux, rubis ils se mélangent aux autres structures en miettes.

Le froid continue de se propager, à travers la lave fendue et le magma brisé, il progresse jusqu'à atteindre le noyau. La Terre se répand dans l'espace et chaque petit débris brillant sera une des étoiles du ciel d'un nouveau monde.

De nouveau Elharé oubliera, de nouveau elle enfantera le premier Homme et de nouveau l'Homme regardera les étoiles.
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